La nouvelle vie ou ¿Cómo está Usted?
préambule
Depuis des années je me disais que je donnerai volontiers ce qu`il me reste de vie pour pouvoir vivre encore une nuit à ses côtés.
J`ai tenté à plusieurs reprises de mettre cette histoire sur papier, mais c`est très difficile.
La souffrance, les souvenirs encore brûlants pour moi, malgré toutes ces années, le fait aussi de penser d`en être tout simplement incapable, abreuvent certainement cette longue attente.
Je pense toujours à elle, elle me dévore, je n`y peux rien, peut-être le sait-elle.
Elle est toujours en moi, c`est une autre partie de moi-même.
Un autre moi, peut-être moi et je nous aime……
Je vais me replonger dans mes souvenirs et essayer de résumer ces dix années passées à côté de cet être o`combien complexe, mais aussi mortellement attachant.
Cela a débuté il y a trente ans maintenant……
Après trente longues années, cette nuit j`ai enfin rêvé d`elle…….. J`y ai reconnu sa voix, sa peau et puis surtout ses odeurs.
Et puis on s`est fait l`Amour.
Nous sommes en 1980, c`est le mois de juillet et il fait très chaud dans la Capitale.
Je suis avec mon épouse propriétaire d`un bar hôtesses, mignon minable dans le dixième arrondissement de Paris.
Un quartier très difficile à l`époque fréquenté par les Yougos qui travaillent au black dans les sous-sol d`immeubles pour les grandes maison de couture, les Maghrébins qui travaillent dans la restauration, l`hôtellerie, les superettes, tout comme les Chinois qui font en plus de la confection. Viennent ensuite se joindre à eux les Antillais et depuis peu les Turcs.
Tout ce petit monde tourne autour de la drogue, des armes à feu et trafics en tout genre.
Les flics aussi ne sont pas à exclure de ces trafics, comme les extorsions de fonds par exemple et plus particulièrement sur les bars de nuit.
Ayant subi moi-même une tentative de chantage et d`extorsion par un haut gradé du quartier.
Avec des relations je pense avoir contribué à faire muter cet indélicat en province. Je ne devais pas être le seul à me plaindre, vu la rapidité de bonne fin de cette affaire.
Je n`ai jamais mangé de ce pain là et avec les voyous non plus d`ailleurs. Je dois ma petite expérience en ce domaine à ma plus tendre adolescence.
Ma chère Maman, remplaçait la mère maquerelle de l`hôtel situé au 28 de la rue Saint- Denis, chaque année au mois de Juillet et d`Août, nous nous habitions au 30.
La mère maquerelle allait se faire bronzer le cul sur la Croisette et dépenser son pognon si chèrement gagné avec deux ou trois jeunes gigolos.
Moi pendant ce temps la, j`allais porter les escarpins et sacs en croco de ces demoiselles, chez le cordonnier, elles me donnaient un petit quelque chose et j`en avais autant avec l`artisan.
Parfois en passant devant le marchand de frites du Boulevard de Sébastopol, je m`en offrais un cornet avec une saucisse et beaucoup de moutarde.
Je pouvais aussi aller leur chercher un sandwich ou bien des fruits, dont je me servais un peu. Elles étaient généreuses avec moi.
C`était l`époque du changement de la monnaie, on passait aux nouveaux francs. Tout au début des années soixante donc. Au final je récoltais un petit salaire qui me permettais de m`acheter des fringues que ma mère trouvait ridicules, mais que tout les copains portaient.
Certaines de ces filles ne me laissaient pas insensible, surtout une, la plus radin. De type hispano, à la place de me filer de la monnaie, elle me déposait un doux baiser sur les lèvres. C`était sa manière de me récompenser. A l`époque je rêvais d`elle même la nuit, c`est dire…
Une autre , fille très classe, fausse blonde à manteau de vison, possédait d`après ma mère un château à cent kilomètres de Paris. Mon beau père et ma mère parlaient souvent d`elle disant qu`elle venait travailler en Mercedes décapotable. Elle garait sa voiture assez loin pour ne pas se faire remarquer par les clients. Elle payait aussi des études de médecine à sa fille. C`est elle aussi qui me donnait les plus gros pourboires, des nouveaux francs bien brillant.
Ce château lui appartenait-il, un micheton lui en faisait-il profiter, était-ce bien vrai ? On ne le saura jamais. Si j`avais eu trois ou quatre années de plus, je me la serai bien tapé.
A ma grande surprise, environ vingt après, en me promenant un jour dans le quartier Place Sainte Opportune où pullulent maintenant les bars branchés du coin, ambiance Jazz et autres, je ne crois pas me tromper en disant avoir vu certaines de ces filles faire le pied de grue (lol) en attendant le client ou le vieil habitué. Il faut dire qu`avec leur talons haut et leur bas résille elles restent présentable.
Surtout une, celle avec le manteau de vison, le même je crois, vissé sur ses épaules, toujours aussi classe avec bien sur quelques années de plus au compteur. Du coup, je me mis à douter du dit château. Je m`approchai, l`entendis discuter avec l`employé du bar jouxtant son périmètre de travail, racontant ses achats fait la veille aux Galeries Lafayette et puis un peu de politique aussi…..
Une autre plus loin ne m`étais pas inconnue non plus, elle faisait aussi parti de ce fameux hôtel de passes des années auparavant. Cet hôtel, qui depuis le trottoir commençait par une lourde porte en acier, vitrée, puis par un escalier assez abrupte, où les filles étaient soit assise ou bien debout sur chaque marche. Cela permettait aux clients de voir le galbe de ces charmantes personnes ou bien la naissance de leur généreuse poitrine bien réelle à cette époque et débordante d`insouciance.
Certains clients très timide,passaient et repassaient devant la porte sans avoir le courage de grimper pour demander le tarif ou concrétiser leur choix. Enfin s`ils se décidaient, c`est avec un empressement certain qu`ils faisaient signe à la fille, sans s`arrêter pour ne pas être repère et là en haut de l`escalier, les mois de juillet et d`août donc, les attendait ma Mère qui prenait le tarif et donnait en échange la serviette, et la petite savonnette.
Le commissaire du quartier venait une fois la semaine toucher son enveloppe, en fait d`enveloppe c`était plutôt un paquet de gitanes avec quelques gros biftons à l`intérieur. Dès fois, il avait aussi droit au superflu, surtout s`il y avait une nouvelle recrue, quand il y a de la gène …….
Certains jours les julots venaient présenter leurs nouvelles conquêtes à la mère maquerelle, qui sans se gêner les faisait mettre à poil devant tout le monde, C`était bon ou à jeter, comme du bétail, elle leur triturait les seins ou les fesses pour voir si c`était du solide. Elle trouvait toujours quelque chose à redire de manière à ce qu`elle ne se prennent pas pour des stars. Elle devait être jalouse de leur âge, la vieille.
Ce style d `hôtel de passes n`est pas tout à fait pour me déplaire,je leur trouve même un certain charme, n`en déplaise à feu, une certaine Marthe. Je laisse ces demoiselles de charme seules juges.
Enfin dans ce fameux hôtel du 28, mon beau père y trouvait aussi son compte. Il préparait des bocaux de cornichons avec tous les ingrédients nécessaires afin de les vendre soit aux filles ou aux clients. Les clients ramenaient un bocal à leur femme en guise de pardon pour un péché commis et non avouable, pour la plupart. Il arrondissait donc ses fins de mois de cette manière. Il faut dire que j`y contribuais très largement, car c`est moi qui les grattais les corniboles, avec une brosse à ongles. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé, c`est du tout cuit. Surtout qu`il ne me donnait pas une tune, le pingre. Je ne lui en veux pas, car il a donné quarante ans de sa vie aux usines Breguet, sans gagner suffisamment sa vie, comme il disait avec amertume. Il était pupille de la nation et pendant les grèves de 36 il avait fait la une des journaux par des photos prises dans la cour de l`usine, ou il avait été pris par hasard et apparaissait pleine page. Faisant semblant de boxer avec un ouvrier, un colosse, lui il avait seize ans. Il avait gardé le journal en souvenir.
Plus tard il fut déporté sur Nuremberg et bossa pour les Allemand, dur, dur.
Quand ma mère le rencontra, il lui raconta que son ex l`avait fait cocu avec son chef d`équipe; avec qui elle avait fini par se marrier et qu`il le voyait donc tous les jours, dur, dur.
Il donnait toute sa paie à ma mère, qui lui redonnait de quoi se payer journellement un paquet de gauloises sans filtre et un ballon de rouge le soir avant de rentrer au bercail, dur, dur.
A cela il trouvait quand même le moyen d`offrir un bouquet de fleurs à son épouse le dimanche. Aujourd`hui cela m`épate, comment faisait-il ?
Evidemment les deux sont décedes maintenant et pour la même cause, cirrhose du foie.
Enfin, mis à part cette occupation intéressante, si je n`avais rien à faire, j`allais aider à garer les voitures Place Beaubourg, avant que ne s`installe le Musée Pompidou. A cette époque, la place servait de parking public et de dépôt à ordures. Il arrivait parfois, quand le monticule d`ordures devenait trop important que les employés municipaux y mettaient le feu. Cela dégageait des odeurs nauséabondes qui faisaient fuir nos clients et qui donc allaient se garer ailleurs, ça cassait le boulot.
Mes parents ignoraient ce que je faisais, contrairement au copain Jean-Jacques qui travaillait avec moi et dont la mère lui faisait les poches en rentrant le soir et lui reversait ce qu`elle considérait être son salaire. Bizarrement cette femme m`aimait beaucoup, elle considérait qu`un jour je finirai avec sa fille, Babeth, Elizabeth en fait, un vrai mec ! une démarche terrible, en cadence et extra droite, la bête quoi…..blonde quand mème, aux yeux bleus, bien foutue et amoureuse de moi. Je l`aimais bien, mais en copain. Certains jours, fin de semaine en général , la mère nous mettait tous les trois à poil dans la baignoire. Elle nous savonnait chacun notre tour, sans malice, puis nous essuyait un par un. On se marrait bien. Et sortant de là, casse croûte à volonté, avec chocolat au lait et jus de fruits.
En y réfléchissant maintenant c`était quand même une femme étrange. Je n`ai pas en mémoire que ma charmante Maman ce soit occupé de moi ainsi.
Pour sortir de cette grande parenthèse, certainement attachante, c`est là je pense que j`ai appris les ficelles de mon futur métier, à rester en équilibre et ne pencher ni pour les flics, ni pour les voyous. Vivre en solitaire, discret, limiter les relations amicales et donc être respecté, voir même ignoré.
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